Ils ont tué le messager. Ils ne tueront pas le message.

Aujourd'hui, c'est la journée internationale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre des journalistes. Ils ont tué le messager. Ils ne tueront pas le message. Nous poursuivons le travail des journalistes menacés ou assassinés. La journaliste philippino-américaine et "Personnalité de l'année 2018" selon le TIME, Maria Ressa (Rappler), la journaliste d'investigation indienne Sandhya Ravishankar (The Lede), et Matthew Caruana Galizia, le fils de la journaliste maltaise assassinée Daphne Caruana Galizia, nous rappellent pourquoi la collaboration est primordiale pour se défendre contre l'impunité. Leurs mots sont essentiels.

 

MARIA RESSA – Journaliste pilippino-américaine, directrice de Rappler. Personnalité de l’année 2018, selon le TIME

Pourquoi, selon vous, est-il important de continuer à publier le travail de journalistes qui ont été tués ou qui sont menacés quelque part dans le monde ?

« Les journalistes sont menacés pour une raison : le pouvoir ne veut pas avoir à rendre des comptes. Ils veulent rester dans l’ombre. Tout ce qu’ils souhaitent en tuant ou en s’attaquant à un journaliste, c’est d’empêcher que l’histoire ne soit publiée.

La manière la plus efficace de faire face aux attaques sur les réseaux sociaux et aux mesures draconiennes visant à empêcher les journalistes de faire leur travail, c’est de les combattre ensemble. Comme une hydre à plusieurs têtes. ‘Vous avez suspendu l’enquête aujourd’hui, elle reprendra demain’. »

Quand ces histoires sont publiées, malgré les menaces et les meurtres, quel signal envoyez-vous aux ennemis de la presse ?

« Alors que nous sommes confrontés à des attaques, nous continuons à faire notre travail. Je pense que c’est le meilleur signal que l’on ne s’arrête pas, que l’on montre que la démocratie est importante, et que nous n’allons pas renoncer à nos droits. »

SANDHYA RAVISHANKAR – Journaliste d’investigation indienne, membre du Projet Green Blood

Pourquoi les journalistes sont-ils fréquemment une cible ?

« Les journalistes sont une cible facile parce qu’ils sont les messagers de la vérité que les puissants veulent cacher. Les crimes commis contre les journalistes étant de plus en plus impunis, il n’y a plus tellement de frein à ce qu’ils soient perpétrés. »

Personnellement, comment parvenez-vous à vivre avec ces menaces ?

« Je fais face à des problèmes d’anxiété. Désormais, ma nouvelle façon d’être c’est de garder mes distances, d’éviter de croire quiconque. Comment je gère ces menaces ? Je fais le plus de bruit possible et je fais savoir aux gens que je suis menacée. J’ai appris au fil du temps à écrire aux autorités et à garder des traces. J’ai continué à écrire et à enquêter parce que c’est la seule manière pour que justice soit rendue et afin que ceux qui m’ont menacés soient jugés. »

Quand vous publiez ces enquêtes, quel message envoyez-vous aux ennemis de la presse ?

« Le premier signal, c’est de leur faire savoir que je ne suis pas effrayée de révéler la vérité. Le second, c’est de montrer que peu importe ce qu’ils font, mon travail continuera parce que l’histoire est bien plus grande que moi. C’est une question de justice et de vérité, de corruption et de bien-être de la société. Cela nous concerne tous. Je pense sincèrement que l’on a tous une raison pour laquelle on vit sur Terre, et on a le devoir de soutenir la vérité dans les professions que l’on a choisi, même au péril de notre vie et de notre liberté. Si je reçois ces menaces, c’est que j’ai fait quelque chose de bien. »

MATTHEW CARUANA GALIZIA – Fils de la journaliste d’investigation maltaise Daphne Caruana Galizia. Elle a été assassinée en 2017

Pourquoi a-t-il été important pour vous de continuer à publier le travail de votre mère après son assassinat ? 

« Mes frères et moi, nous savions instinctivement que l’on ne supporterait pas que les enquêtes de notre mère disparaissent avec elle. Elles étaient trop importantes. Si nous les avions oubliées, ça aurait été comme la tuer une seconde fois. »

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