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Propaganda Machine

Soixante agents d’influence russes identifiés : le réseau de Prigojine repris en main par le Service des renseignements extérieurs

Depuis la mort de Prigojine en août 2023, son réseau tentaculaire d’agents d’influence est passé sous la houlette du Service des renseignements extérieurs (SVR). Grâce à une fuite de données, nous avons identifié plus de soixante acteurs chargés d’étendre les efforts de désinformation de Moscou sur trois continents. Ce deuxième article continue la série Propaganda Machine.

Crédit : Sofía Álvarez Jurado / Forbidden Stories

Nos révélations
  • Plus de 60 agents d’influence russes ont été déployés sur trois continents en 2024, dont au moins 17 sont des anciens du réseau fondé par Prigojine.
  • Le Service des renseignements extérieurs russes (SVR) chapeaute désormais le réseau et le finance grâce à deux sociétés-écrans. L’enquête révèle l’identité de deux agents du SVR en charge des opérations.
  • Au moins cinq bureaux ont été établis à l’étranger par la « Compagnie » (ainsi que se nomme le réseau en interne) ; notamment en Bolivie en 2024.
  • Grâce à des « contre-agents » recrutés sur le terrain, le réseau mène également des missions de renseignement.

Par Eloïse Layan, Léa Peruchon, Sofía Álvarez Jurado

Lou Osborn (All Eyes on Wagner/INPACT), Dossier Center et Irinia Dolinina (IStories) ont contribué à cet article.

20 février 2026

16 Juillet 2024, La Paz. Un groupe de sept « spécialistes russes » est dépêché dans la capitale bolivienne pour secourir Luis Arce. Le président, affaibli par une tentative de coup d’Etat trois semaines plus tôt, est accusé par une partie de la population de l’avoir lui-même manigancé pour remobiliser son électorat.

En quelques jours, un  « QG anti-crise » est mis sur pied par les agents russes, suivi d’un groupe de travail au sein même du Ministère de la Communication. Les émissaires devront repenser la communication de la présidence, jugée «inefficace ». À coup d’enquêtes d’opinion, d’éléments de langages « positifs » disséminés dans la presse et d’un « programme pour corriger les discours publics de Luis Arce et de son vice-président », le commando déroule son plan d’action, allant jusqu’à échafauder plusieurs campagnes de dénigrement contre Evo Morales, le prédécesseur du chef d’État devenu membre de l’opposition. Les  « spécialistes »  ne s’arrêtent pas là. Afin « d’étendre le réseau », ils décident de la création « d’un bureau (…) dans le pays “B” » : des locaux pour 15-20 employés, la commande de 40 téléphones, 20 ordinateurs, 80 cartes Sim, et la possibilité d’engager des employés locaux.

Fort de ces nouveaux agents d’influence en Bolivie, le réseau d’influence russe étend encore  sa zone d’opération. Jusqu’ici, les « experts » s’étaient concentrés sur l’Afrique. En novembre 2024, le journaliste centrafricain Ephrem Yalike témoignait auprès de Forbidden Stories de ses deux ans et demi passés à travailler pour des agents étrangers dont il ne connaissait que le surnom, parmi lesquels « Micha » , un « jeune russe » qu’il avait rencontré à plusieurs reprises à Bangui. Forbidden Stories avait alors révélé la réelle identité de « Micha », à savoir Mikhaïl Mikhaïlovitch Prudnikov,  un spécialiste de la guerre informationnelle. Plus de deux ans après la mort d’Evgueni Prigojine, fondateur du groupe Wagner et acteur central des réseaux de désinformation russes, la machine à propagande du Kremlin  n’a pas faibli : reprise en main par le Service des renseignements extérieurs russes (SVR), elle s’est accélérée au point de s’étendre sur trois continents. Grâce à une fuite de 1431 pages de documents internes, reçue par nos confrères du média panafricain The Continent et notamment partagée avec Forbidden Stories, nous dévoilons pour la première fois les noms de soixante de ces agents, répartis de Saint-Pétersbourg jusqu’à l’Afrique et l’Amérique latine. Billets d’avion nominatifs, biographies de collaborateurs, plans de campagnes, budgets, ces documents apportent la preuve de leur déploiement et de leurs actions. 

Présence mondiale des agents de la Compagnie, 2024–2025. En rouge foncé, les pays où des unités sur le terrain ont été confirmées ; en rouge clair, les pays ciblés par des campagnes d’influence, dont la présence actuelle n’est pas confirmée. Créé avec DataWrapper. Par Sofía Álvarez Jurado (Forbidden Stories), Debussac Multimedia.

Changement d’adresse

À la tête de la mission bolivienne : Dmitry Viktorovich Volkov, 54 ans, jusqu’ici inconnu des experts de la désinformation russe et pour la première fois associé à des opérations d’influence. L’ancien conseiller politique et média, entre autres pour la télévision publique russe, a été embauché en février 2023 par la « Compagnie » , comme la nomment ses employés en interne, plus connue sous le nom de Politology. D’abord chef du département de l’information au Mali, Volkov devient en juillet 2024 chef de mission en Bolivie.
« Travailleur », « proactif » selon un document interne laudatif, la « Compagnie » le recommande pour l’obtention d’une décoration officielle. Selon les biographies internes des employés, ils sont plusieurs à avoir été distingués par la Russie pour leurs services, comme Aleksey Evgenyevich Shilov, 33 ans à peine, qui en plus d’opérations en Bolivie a aussi été envoyé  en Argentine, décoré de l’Ordre du mérite pour la Patrie. Ou encore Uma Magomednabievna Gamzaeva, passée par la Turquie, la Libye, le Soudan et le Tchad. Quinze autres agents sont pressentis pour des honneurs à l’étranger, notamment l’Ordre de la reconnaissance de la République Centrafricaine. 

Depuis la Russie, deux hommes supervisent l’ensemble des opérations : Sergueï Sergeevich Klyukin, chef du département d’analyse, et Sergueï Vasilievich Mashkevich, présenté comme le chef de projet global, « en charge d’assurer l’expansion de la « Compagnie » en Afrique et Amérique Latine ».

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De gauche à droite, Volkov, Klyukin, et Mashkevich, avec leurs biographies issues de la fuite de données.

À Saint-Pétersbourg, en février 2024, un membre clé de l’organisation, Artem Vitalievich Gorny, commande un camion de déménagement pour décharger des meubles au 8A, Pirogova Lane. Des dizaines de trajets en taxi yandex mentionnent cette destination. C’est à cette adresse, dans un immeuble de pierre cossu à quelques centaines de mètres de la Cathédrale Saint Isaac, que se trouverait désormais le bureau central du « back office russe ». Dans ce même bâtiment, Klyukin y a également domicilié une société, la LLC « StratConsult ».

Trajet de taxi d’un employé de la « Compagnie » vers le 8 A Pirogova Lane.

Jusqu’ici, les locaux de la « Compagnie » étaient loués par Gorny de l’autre côté de la Neva, sur l’avenue Bolshoy Prospekt V.O. L’adresse était connue des autorités américaines pour son association à  « Africa Politology », « une organisation de propagande liée à Wagner […] visant à inciter les pays occidentaux à retirer leur présence en Afrique et [derrière] une série d’opérations d’influence russes en République centrafricaine » et sanctionnée par les Etats-Unis en janvier 2023 pour « agir pour le compte de et au nom d’[Evgueni] Prigojine »

Sous la coupe du SVR

À peine quatre mois après la mort de Prigojine, le 15 décembre 2023,  le Service des renseignements extérieurs russe (SVR) a donné rendez-vous à Sergey Mashkevich, le chef de Politology. L’objectif : créer un canal de financement secret entre le SVR et la « Compagnie », actant ainsi  sa mise sous tutelle. 

Forbidden Stories a pu consulter un document préparatoire de cette entrevue : une série de questions, posées selon nos informations par un agent affilié au SVR, suivies  des  réponses de  la « Compagnie ». Ce document, qui ne figure pas dans la fuite de données initiale, est un échange éclairant sur les stratagèmes du SVR pour rester sous les radars : « Comment la Société dépensera-t-elle l’argent qu’elle recevra par transaction bancaire (…) pour que cela ait l’air normal pour les autorités [russes] de régulation ?  ».  À travers ses questions, le SVR s’assure que rien ne puisse trahir ses liens avec la « Compagnie ».  À commencer par le choix de la banque qui accueillera l’organisation : « Dans quelle banque sera transféré l’argent venant du compte de Moscou ? Quelles sont les relations avec cette banque ? »  L’établissement bancaire sélectionné sera  « d’importance systémique » et des mesures prises afin « d’éviter le blocage des fonds ». La dernière remarque du document demande explicitement l’assistance du SVR : « Il faut un contact du côté du Service pour accompagner l’ouverture du compte courant ».

Contrat signé entre Intertechtrade LLC et JSC Inter.

Le 20 décembre 2023, le plan est concrétisé. Un contrat est signé entre les sociétés Intertechtrade LLC et JSC Inter. Le SVR alimentera Intertechtrade LLC, qui redistribuera ensuite ses fonds à JSC Inter, via des dépôts en cash et des virements dont les montants seront volontairement plafonnés afin d’éviter toute détection, notamment des autorités fiscales russes. Pour opacifier plus encore le montage, l’identité même du directeur d’Intertechtrade est selon toute probabilité fictive. Rien n’existe dans les bases de données de l’administration russe sur Alexander Prokhorov, un homme censé avoir 64 ans, si ce n’est un passeport, délivré en 2020, ainsi qu’un numéro de téléphone enregistré en 2023. A priori, personne ne peut se douter que le SVR est derrière ce montage. Le système est intraçable.

Inauguration d’une statue de Félix Dzerjinski (fondateur de la police politique soviétique) au siège du Service des renseignements extérieurs russes à Moscou, le 11 septembre 2023. Montage avec le directeur du SVR, Sergey Naryshkin (encadré en rouge), Dmitry Faddeev (encadré en blanc).

Figure centrale de l’arrimage de la « Compagnie » au SVR : Dmitry Leonidovich Faddeev, un général de 74 ans, ancien premier adjoint du directeur des Renseignements extérieurs, Sergey Naryshkin. Selon les informations obtenues par Forbidden Stories, Faddeev a été directement impliqué dans la prise de contrôle de la « Compagnie ». Il en définirait désormais les grandes priorités stratégiques, notamment pour le continent africain. Sa carrière peut expliquer son rôle actuel vis-à-vis du réseau d’agents d’influence. Faddeev a lui-même opéré sous couverture à l’étranger, à l’Ambassade russe de Berlin entre 2006 et 2008, officiellement comme conseiller politique. Il a aussi fait partie, de 1997 à 1999, du département des devises et des finances du ministère des Affaires étrangères russe, une structure héritée de l’Union soviétique, historiquement utilisée pour accueillir des officiers du SVR et du GRU (le renseignement militaire) engagés dans des opérations clandestines à l’étranger. Symbole de son importance au sein des renseignements, il apparaît au centre d’une photo de groupe du SVR, prise en 2023 lors d’une cérémonie officielle, à droite de son directeur, Sergey Naryshkin. Pour ses opérations avec la « Compagnie », Fadeev peut compter sur un autre officier du SVR, Ilya Savelyev, ancien consul à Bombay (2015), directeur du Centre pour l’étude des questions socio-politiques des pays africains et des BRICS. Savelyev aurait assuré la jonction opérationnelle : c’est lui qui aurait facilité le rattachement de la « Compagnie » au service et maintiendrait depuis des contacts réguliers avec sa direction.

Le site miroir du projet du Corridor de Lobito en Angola.

Une employée de la « Compagnie » passe commande pour de faux comptes Facebook.

Dans la « Compagnie », « 34 spécialistes », parfois appelés « sociologues » ou « poli-technologues », travaillent sous la supervision de Klyukin. Chargés du suivi et de l’analyse de la situation politique de 15 pays, ils rédigent des notes d’information, commandent des enquêtes téléphoniques auprès de milliers de sondés (1133 sondés en RDC en Juin 2024, 1024 au Mali en août…). S’y ajoute des équipes qui mènent des campagnes de manipulation en ligne, dans la droite ligne de l’usine à trolls du Projet Lakhta en partie initiée par  la « Compagnie ». En août 2024, une certaine Ksenia Valeryevna Soboleva, selon des factures consultées dans les documents internes, passe commande pour de faux comptes Facebook sous le pseudonyme « sobolevaksenia31 ».  Au prestataire de la
« Compagnie », elle écrit : « S’il te plait, crée des comptes avec ces noms. Des profils de femmes : Aminata Djerma, Mariam Barka […] et des hommes : Oumar Koudou, Ali Barka »,
« Et pour un autre homme, si possible, [écris le nom] directement en arabe
». Soboleva, comme une dénommée Dina Trumm, effectue aussi des versements à des comptes Telegram pro-russes, notamment au journaliste Abbas Djuma, 61,175 followers au mois d’août 2024, sanctionné par les Etats-Unis. Depuis, Ksenia Valeryevna Soboleva a gravi les échelons et est désormais à la tête du département des médias.

Les équipes de la « Compagnie » vont jusqu’à créer un faux site internet. Avec un « R » en moins, le lien du site  https://www.lobitocoridor.org/ est en apparence identique à celui du site officiel   (https://www.lobitocorridor.org/) du Corridor de Lobito, un axe ferroviaire stratégique reliant le port de Lobito, en Angola, à la République démocratique du Congo, crucial pour le transport des minéraux et les investissements européens et américains. Un trompe-l’œil pour disséminer toujours plus de fausses informations et tenter d’affaiblir  les intérêts occidentaux.

À des milliers de kilomètres du siège, des agents russes prennent le relais sur le terrain. Grâce aux documents internes, nous pouvons révéler qu’en sus des locaux boliviens, en 2024, des bureaux sont loués au Mali, en Libye, en Afrique du Sud, au Rwanda. Parfois, de supposés centres culturels, des « Maisons russes » non étatiques (contrairement aux Maisons russes rattachées au Ministère des Affaires étrangères) servent de base arrière aux agents  russes. En 2024, les documents internes de la « Compagnie » mentionnent l’ouverture de quatre nouvelles structures de ce type, notamment au Niger, en Angola, au Tchad et en Guinée.

Contre-agents, graffitis et cash

La « Compagnie  » opère désormais en appui aux activités de renseignement du SVR. Ainsi, en Angola, selon les documents internes, l’organisation cherche à « mettre à jour son réseau et obtenir des informations de première main ». Dans les différents pays cibles, elle recrute des « контрагентов »  littéralement « contre-agents », en français. Leaders de l’opposition,  responsables de partis au pouvoir, militaires, voire agents des services de renseignement locaux – un dénommé « Yousef » en Libye, conseiller du chef des services de renseignement, ou « Hatim Idris, ancien employé des services de la sécurité générale du Soudan » – ils  sont chargés de fournir des informations, mener des négociations, ou d’ouvrir des accès.  Comme à Kigali au Rwanda, où huit agents ont été recrutés « afin de collecter en toute sécurité des informations au Soudan ».

En parallèle, la « Compagnie » poursuit ses activités 
« traditionnelles », en particulier le recrutement de journalistes à même de diffuser leur propagande. Comme le révèlent les documents internes, Ephrem Yalike, le journaliste de Centrafrique qui avait alerté Forbidden Stories était loin d’un cas isolé. En août 2024 par exemple, 516 articles étaient placés par les agents d’influence dans différents titres de presse pour une somme de 340.000 dollars (286 980 euros), d’après un relevé interne.  Au-delà des journalistes, la « Compagnie »  va jusqu’à embaucher des graffeurs pour illustrer sur les murs les campagnes échafaudées par l’organisation, comme en Angola par exemple où 3 400 dollars (2 869 euros) ont été dépensés en septembre 2024 pour des tags et une manifestation contre la visite du président Joe Biden dans le pays.

Au total, selon les tableaux de comptes internes, plus de 7,3 millions de dollars (6 ,2 millions d’euros) ont été dépensés par la « Compagnie »  entre janvier et septembre 2024, répartis entre deux postes majeurs : les « sciences politiques », cible d’environ deux tiers du budget, et les « placements médiatiques ». En mai 2024, 98 agents travaillent pour la structure. Chaque mois, la quasi-totalité du budget mensuel prévisionnel est perçue en espèces, en atteste la ligne « cash » dans les tableaux de comptes.

Les héritiers de Prigojine

Sur les 60 noms d’agents de l’influence russe identifiés, au moins 17 œuvraient déjà sous Prigojine. Les plus anciens ont rejoint la « Compagnie » en 2013 ou 2014, selon les documents, comme Taras Kirillovich Pribyshin, ou Nikolai Vladimirovich Radkovskiy, qui avaient fait leurs armes en Syrie (campagne « Pour la victoire contre l’Etat Islamique »), avant pour Pribyshin d’effectuer des missions à Madagascar, au Zimbabwe ou en Centrafrique. Mashkevich et Klyukin travaillent l’un et l’autre pour la « Compagnie » depuis 2018, et sont notamment passés – comme Gorny – par le Soudan, où l’organisation a tenté de maintenir au pouvoir le président Omar el-Béchir avant qu’il ne soit renversé en 2019 – et où «  jusqu’à ce jour [2023, NDLR], la «  Compagnie » s’efforce sur les plans judiciaire, diplomatique, et politique de [le] faire libérer », selon un document interne. En Afrique du Sud, Yulia Andreevna Afanasyeva Berg, dont un billet d’avion au départ de Johannesbourg daté du 14 mars 2024 figure dans la fuite de données, n’est pas non plus une inconnue de la galaxie Prigojine. Dès 2021, elle avait été sanctionnée par les États-Unis, notamment pour ingérence dans des élections à l’étranger.

Affiche du film Shugaley, financé par Prigojine et sorti en 2020 (à gauche). À droite, l’agent d’influence Shugaley.

Parfois, les agents d’influence sont démasqués. En 2019, Maxim Shugaley et son
« interprète » Samer Sueifan étaient emprisonnés en Libye après avoir eux aussi été accusés de tentative d’ingérence électorale. Alors qu’ils étaient encore enfermés, un film tout en testostérone, premier volet de la trilogie éponyme « Shugaley »  financé par Prigojine, sortait en Russie en avril 2020 et faisait passer Maxim Shugaley du rang de simple
« scientifique » – comme il se présentait alors – à héros de la nation. Le duo, sorti de détention en décembre 2020, se fera à nouveau incarcérer le 19 septembre 2024, cette fois-ci au Tchad. Officiellement, Maxim Shugaley et Samer Sueifan avaient passé une partie de l’année à soutenir le président sortant Mahamat Déby ; en mai 2024, ils travaillent même, selon la fuite de données, « au QG électoral du président de transition du Tchad, Mahamat Déby ». Mais les documents indiquent que leurs motivations étaient bien différentes. Leur mission était d’ « exacerber la rivalité politique entre les deux candidats et d’opposer le président sortant Déby à son « copilote » [Masra] », de viser à  « la destruction du tandem Déby-Masra et la perte de contrôle de la situation politique dans le pays », afin de placer Déby et le Tchad dans le giron russe. Le SVR aurait mobilisé un de ses agents pour faire libérer Shugaley, sorti de prison en novembre 2024.

Attestation de vaccination contre la fièvre jaune et billet d’avion de Samer Sueifan pour l’une de ses missions au Tchad avec Shugaley.

Le document le plus récent issu de la fuite de données remonte au 6 novembre 2024. Depuis, en Bolivie, la « Compagnie » a dû revoir ses ambitions à la baisse. L’ opération a échoué et le président Luis Arce, inculpé pour corruption, est incarcéré depuis décembre 2025. D’après nos informations, les sept agents russes de l’officine bolivienne ont été redéployés vers d’autres zones d’opérations.

Contactés, l’ensemble des acteurs de ce réseau ainsi que le Service des renseignements extérieurs russe n’ont pas répondu à nos questions.

À Saint-Pétersbourg, le siège de la « Compagnie » continue pourtant d’embaucher. En décembre 2025, ils étaient au moins 52 chefs de projets, consultants politiques, analystes ou gestionnaires de médias à travailler depuis la base russe, sans compter les agents de terrain, selon de nouveaux documents internes à la « Compagnie » que nous avons pu consulter de source fiable. Un signe de la souplesse de cette redoutable machine à propagande qui, en dépit de ses revers, n’a pas fini de s’étendre.

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