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Projet Rafael

Le pillage de la rivière de San José de Uré : l’ultime enquête de Rafael Moreno

Le 16 octobre 2022, le journaliste colombien Rafael Moreno est assassiné. Un an après sa mort, Forbidden Stories et ses partenaires ont repris sa dernière enquête, sans doute l’une des plus dangereuses, sur un vaste système de détournement de ressources naturelles qui aurait pu bénéficier à de nombreuses personnalités politiques de la région.

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Par Aïda Delpuech

16 octobre 2023

Traduit par Sophie Stuber

Avec :  Sofía Álvarez Jurado (Forbidden Stories), Claudia Julieta Duque (Cuestión Pública), Pascale Mariani (France 24)

L’allure digne et décidée malgré ses 23 ans, José Bula Moreno a depuis longtemps choisi sa voie : la politique. Le jeune homme, candidat aux prochaines élections régionales du 29 octobre, vise un siège au sein du conseil municipal de Puerto Libertador, petite ville nichée au nord de la Colombie.

Face à lui, une figure politique locale, Espedito Duque, 57 ans. L’ancien maire de la ville réalise son grand retour sur la scène politique en briguant un deuxième mandat. Au-delà de l’âge et de la ligne politique qui les sépare, l’ombre d’un homme plane au-dessus de ce duel, celle du journaliste Rafael Moreno, l’oncle de José, assassiné il y a un an exactement, le 16 octobre 2022.

Malgré le deuil et la peur, le jeune candidat brandit fièrement l’héritage de celui qu’il considérait comme un père : « Il n’y a pas un discours que je déclame sans le nommer […] il est inconcevable d’oublier le bien qu’il a fait pour notre ville. »

José Bula et son oncle, le journaliste Rafael Moreno.

José Bula Moreno se recueille devant la tombe de Rafael Moreno (crédit : Claudia Julieta Duque).

« La voix du peuple » comme le désignent encore certains, Rafael Moreno arpentait inlassablement les routes chaotiques de sa région, le Córdoba, au Nord du pays, pour rendre compte de la corruption et des crimes environnementaux. Malgré les menaces, il ne faisait pas dans la demi-mesure et rares étaient ceux qui échappaient à son radar. Parmi les personnes visées par ses enquêtes, Espedito Duque, le rival de son neveu, à la tête du clan politique le plus puissant de la ville.

Quelques jours avant sa mort, se sentant particulièrement menacé, Rafael Moreno était en contact avec Forbidden Stories pour mettre à l’abri son travail via le SafeBox Network. Ce réseau permet à des journalistes de protéger leurs enquêtes les plus sensibles. Si l’un d’eux est enlevé, emprisonné ou assassiné, Forbidden Stories et ses médias partenaires peuvent ainsi poursuivre le travail entamé, afin de le faire connaître au plus grand nombre.

Dès le lendemain de l’assassinat, Forbidden Stories a coordonné le travail de 30 journalistes pour poursuivre les enquêtes de Rafael Moreno, sur la corruption ou l’industrie minière, comme il le souhaitait. Au terme de six mois d’enquête, le consortium a mis au jour l’existence d’un système de favoritisme dans l’octroi de contrats publics de plusieurs millions d’euros.

Malgré les clichés du tueur à gages dont disposent les enquêteurs en charge du dossier et qui sont publiés pour la première fois par Forbidden Stories et ses partenaires, l’enquête criminelle sur l’assassinat de Rafael Moreno semble au point mort et personne n’a été arrêté à ce jour.

Photos du tueur à gages qui a assassiné Rafael Moreno.

Plusieurs des collègues et amis journalistes de Rafael Moreno ont même cessé leur travail, de peur de représailles. Et d’après nos informations, aucune enquête administrative n’a été ouverte à l’encontre d’Espedito Duque, l’un des hommes au cœur du système révélé par le consortium.

Un an après l’assassinat de Rafael Moreno et à deux semaines du duel symbolique qui opposera son neveu à Espedito Duque, Forbidden Stories et Cuestión Pública ont repris la dernière grande enquête du journaliste, une investigation qu’il avait commencé à partager via le SafeBox Network.

« Au moment où je vous parle, je suis à San José de Uré. » Dans un appel du 7 octobre 2022 à Forbidden Stories, Rafael Moreno explique travailler sur « un mode de fonctionnement dans lequel les administrations publiques et les entreprises exploitent les matériaux du bassin de la rivière Uré pour des travaux publics, sans disposer d’aucun permis, de licence ou de titre. » « Cela nous a déjà causé beaucoup de problèmes », précise-t-il à l’équipe du SafeBox Network. Il sera assassiné neuf jours plus tard.

Des documents et témoignages exclusifs recueillis par le consortium dans le cadre de cette nouvelle enquête du « Projet Rafael » ont permis de valider les hypothèses de Rafael Moreno dans cette affaire d’extraction illégale qui pointe vers de nombreuses personnalités politiques influentes de la région de Córdoba.

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Une rivière vidée de son sable

« San José de Uré est la meilleure destination touristique de Cordoba […]. Nous vous invitons à profiter de ses eaux cristallines. » Dans une vidéo datant de janvier 2020, aux allures de clip promotionnel, Rafael Moreno vante les mérites des gorges de San José de Uré, petite ville flanquée au pied du parc naturel Paramillo, au nord de la Colombie, où la population vit en grande partie de l’agriculture et de la pêche.

Malgré son attractivité en saison estivale et son apparente tranquillité, en 2019, la ville qui compte un peu moins de 15 000 habitants a enregistré 62 homicides. Contrôlée par le « clan del Golfo », l’un des groupes armés les plus puissants de Colombie, la peur et la violence dominent à San José de Uré.

Quelques mois seulement avant son assassinat, Rafael Moreno avait commencé à enquêter sur cette petite localité. Après avoir vanté la pureté des eaux de San José de Uré quelques années auparavant, il déplore un pillage massif et « illégal » de sédiments et de sable extraits de la rivière.

Alerté par de nombreuses sources sur place, le journaliste effectue plusieurs déplacements aux abords de la rivière et constate un va-et-vient incessant de camions, chargés notamment de sable extrait du bassin. « Il y a quatre ou cinq pelleteuses qui travaillent jour et nuit [pour extraire les ressources de la rivière, ndlr], c’est un désastre », avait-il décrit lors de son dernier appel avec Forbidden Stories. « Ils sont en train de causer des dommages irréparables au bassin, qui fait partie du patrimoine culturel et naturel de notre région. »

Des vidéos, prises depuis plusieurs sites d’extraction témoignent de l’endommagement de la rivière par les pelleteuses et de la transformation des rives en chantier. Diffusées par Rafael et d’autres de ses collègues, les images circulent rapidement sur les réseaux sociaux et l’information fait le tour de la région.

Une pelleteuse extrait illégalement des matériaux de la rivière à San José de Uré (14 septembre 2022, source anonyme).

Pour la petite centaine de familles résidant dans le village Versalles, au sud de San José de Uré, la rivière est une source de revenus et d’alimentation majeure. « Nous sommes presque tous pêcheurs et agriculteurs », explique Felix Peñate Amor, l’un des leaders sociaux du village, récemment contacté par Forbidden Stories – le terme « leader social » désigne en Colombie une personne qui joue un rôle actif dans la défense des droits humains et la promotion de la justice sociale. « Le niveau de la rivière a tant baissé depuis le passage des camions que nos ports sont à sec. »

Autre problème majeur : la contamination de l’eau. Jusqu’à ce jour, la présence d’huiles moteur et lubrifiants utilisés par les camions persiste dans et autour de la rivière. Sans compter la force des pelleteuses qui ont mélangé l’eau autrefois cristalline aux bas-fonds sédimentés de la rivière. « On ne peut plus la boire, c’est presque de la boue », se désole Félix.

Images d’extraction transmises par les habitants du village Versalles en 2022.

Plus il enquête, plus Rafael Moreno en est certain : ce mélange de roches et de sable, illégalement puisé dans la rivière Uré, sert à la construction de routes autour du village. Persuadé que certaines entreprises, chargées de réaliser des travaux d’infrastructures routières, détournent ces ressources fluviales pour faire baisser les coûts de construction, le journaliste se met à la recherche de preuves pour confirmer son intuition. En un mois, il envoie deux demandes d’information, procédure qui permet d’accéder à des documents administratifs internes.

Le cas est extrêmement sensible. Le 7 octobre 2022, jour de son appel avec Forbidden Stories, Rafael Moreno endosse également son rôle de leader social et adresse une plainte pénale au procureur de Córdoba avec un ami activiste. Les deux hommes y dénoncent une « exploitation illégale de gisements minéraux et autres matériaux » et appellent à mener d’urgence une enquête « afin de sauvegarder l’environnement, les finances publiques, la santé et la sécurité routière des habitants de la municipalité de San José de Uré ».

Moins de dix jours plus tard, Rafael Moreno est assassiné alors qu’il est en train de boucler la caisse du Rafo Parilla, un fast-food qu’il venait d’ouvir, ses revenus de journalistes ne lui permettant pas de subvenir aux besoins de sa femme et de ses trois enfants.

Impossible de savoir si cette enquête sur les extractions illégales à San José de Uré lui a coûté la vie. Mais un an après son assassinat, tous ceux qui se sont intéressés à l’affaire ont fini par renoncer face aux menaces, jusqu’à devoir quitter la région, voire le pays pour certains.

Extraction sauvage

Car Rafael Moreno n’enquêtait pas seul sur le sujet. À ses côtés, plus ou moins tapie dans l’ombre, une petite armée composée de journalistes, de leaders locaux et de défenseurs de l’environnement l’approvisionnait en informations ou l’accompagnait sur le terrain.

Message de menace envoyé au journaliste Walter Álvarez le 6 septembre 2023.

« Il n’y a pas de sujet plus chaud et plus dangereux que celui-là », affirme Walter Álvarez, journaliste et ami de Rafael, qui a lui aussi participé à l’enquête sur les extractions. En août 2023, son fils aîné de 22 ans, est assassiné dans la ville de Salgar, dans le département d’Antioquia, alors qu’il rendait visite à sa mère. « Je ne vois d’autre motivation que celle de vouloir me faire taire », confie Walter, effondré. « J’avais pourtant arrêté d’enquêter », ajoute-t-il.

Un mois plus tard, le 6 septembre 2023, le journaliste reçoit un message Whatsapp d’un numéro inconnu : « Tu vas bientôt tenir compagnie à Rafael Moreno. Toi et ton escorte, nous allons vous tuer et vous brûler. »

Yamir Pico, le cousin de Rafael enquêtait lui aussi à ses côtés sur le sujet, diffusant leurs enquêtes sur son site d’information, Caribe noticias 24/7. La voix encore tremblante, il raconte l’événement qui a bouleversé sa vie : « C’était un soir de mai 2023. Mes gardes du corps venaient de partir, j’étais seul dans mon appartement. » Quelques instants plus tard, un bruit fracassant vient interrompre le calme de son logis. « Deux sicarios [tueurs à gages, ndlr] ont défoncé ma porte d’entrée et ont pointé leurs révolvers sur moi : “Nous ne voulons pas d’un autre journaliste tué, mais la prochaine fois que tu touches aux histoires de San José de Uré, tu es mort”. »

Les deux hommes lui arrachent tout son matériel de travail – ordinateur, notes – ainsi que deux clés USB transmises par Rafael avant sa mort. Deux jours plus tard, Yamir fuit le pays avec sa famille sans prévenir personne. Il vit aujourd’hui aux États-Unis.

« Les gens pensent qu’il s’agit d’une petite histoire. En réalité, c’est un immense système de détournement de ressources et d’argent public qui est en jeu, impliquant beaucoup d’hommes politiques », explique-t-il.

La genèse de cette affaire d’extraction illégale remonte à 2021, lorsque le maire de San José de Uré, Custodio Acosta Urzola, signe une série de contrats avec diverses entreprises spécialisées dans les travaux publics, pour la construction ou l’amélioration de routes pour désenclaver la petite ville isolée. La somme totale des vingt contrats de construction routière signés par la municipalité de San José de Uré entre 2021 et 2022 atteint les 15 millions d’euros (68 milliards de pesos colombiens), d’après les informations communiquées par le maire au consortium.

Quelques mois seulement après la signature des contrats, les premières activités d’extraction sont observées par les riverains. Aux abords de la zone rurale Versalles, les dégâts autour de la rivière sont considérables. C’est exactement ici que l’entreprise Consorcio Versalles a pour mission de réaliser l’amélioration d’une voie d’accès « via la construction d’un revêtement en béton hydraulique ».

Pour Rafael Moreno et ceux qui s’intéressent avec lui à cette affaire, cette proximité géographique laisse peu de place au doute. Ils dénoncent « un crime environnemental » dont le Consortio Versalles est responsable. Leurs images de la rivière saccagée font le tour de la région. Mais les autorités restent de marbre, « aveugles, sourdes et muettes », se désole Rafael dans une vidéo où il se filme face caméra, moins d’un mois avant sa mort.

Ce n’est qu’un mois après l’assassinat de Rafael Moreno, suite à l’une des plaintes déposées quelques jours avant sa mort, que la CVS, l’instance régionale de gestion environnementale, s’empare du sujet et lance une enquête en envoyant une équipe sur place.

Le rapport d’enquête, obtenu par Cuestión Pública, confirme point par point les observations de Rafael, que ce soit sur l’existence d’extractions illégales, le dommage environnemental ou la responsabilité de la société Consortio Versalles. Le 15 novembre 2022, les membres de la CVS constatent « des traces d’extraction dans le lit de la rivière […]. Ceci semble avoir été réalisé sans les autorisations et permis requis, ce qui est inquiétant pour l’écosystème et la population locale ».

Ils en concluent qu’« en accord avec la plainte déposée, les extractions auraient été réalisées par le Consorcio Versalles », pour les besoins du projet de construction de route. Le 21 février 2023, quatre mois après la mort de Rafael, la CVS ordonne l’ouverture d’une enquête administrative contre la municipalité de San José de Uré et le Consorcio Versalles.

L’entreprise Consorcio Versalles n’a pas répondu aux questions de Forbidden Stories.

La CVS ordonne l’ouverture d’une enquête administrative contre la municipalité de San José de Uré et le Consorcio Versalles.

Alors que les travaux étaient censés être réalisés dans l’année suivant la signature du contrat, soit en 2022, les habitants du village de Versalles affirment que la route est toujours en chantier. « Ils ont commencé les travaux un an après la signature du contrat », indique Felix Peñate Amor, l’un des leaders sociaux du village.

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San José de Uré dans le viseur des clans

Le cas du Consorcio Versalles n’en serait qu’un parmi beaucoup d’autres. « Plutôt que d’acheter des matériaux de construction certifiés, qui coûtent un certain prix, les entreprises [engagées par la municipalité, ndlr] passent un accord avec les politiques pour extraire gratuitement les ressources naturelles, sans permis. L’argent est ensuite partagé entre ces sociétés, les maires et le Clan del Golfo », explique Yamir Pico. « Ça représente une fortune, c’est pour cela qu’ils sont prêts à tuer n’importe qui et qu’ils ont envoyé deux sicarios [tueurs à gages, ndlr] chez moi », ajoute-t-il.

Les ressources de la région de San José de Uré semblent attiser les convoitises de plusieurs clans politiques qui se disputent le pouvoir à Córdoba. Parmi eux, la puissante famille Calle, propriétaire d’un vaste domaine la « finca Marcelo », qui borde la rivière. Peu avant sa mort, Rafael s’était filmé en direct de la ferme, accusant le clan Calle de participer aux activités d’extraction dans la zone. L’un de ses membres, Gabriel Calle Aguas – ancien directeur de campagne dans la région de l’actuel président Gustavo Petro et candidat au gouvernement de Córdoba aux élections régionales d’octobre 2023 – a annoncé le 2 octobre 2023 souhaiter faire de San José de Uré une zone de production industrielle importante dans la région.

Interrogé par le consortium à ce sujet en avril dernier, Gabriel Calle Demoya, le patriarche de la famille (père de Gabriel Calle Aguas) a réfuté toute responsabilité dans l’extraction de sable et pointé du doigt les entreprises qui faisaient les travaux. Dans un échange avec Forbidden Stories, il a laissé entendre que c’était aux députés de la région qu’il fallait s’intéresser.

Si l’intérêt des Calle pour cette zone semble incontestable, l’enquête menée par le consortium pour poursuivre le travail de Rafael Moreno sur les extractions de San José de Uré mène aussi vers d’autres pistes. Les sources qui ont accepté de s’exprimer sur ce point – sous couvert d’anonymat de peur de représailles – pointent vers plusieurs figures locales. Parmi elles : le signataire des contrats, l’actuel maire de San José de Uré, Custodio Acosta Urzola contre lequel le journaliste avait lancé une procédure administrative pour obtenir des informations sur les extractions, et son cousin, Luis José Gonzalez, ancien maire de la ville et de nouveau candidat aux élections municipales prochaines qui occupe une propriété sur la zone d’extraction.

Luis José Gonzalez n’a pas répondu à nos questions. Dans un long courrier à Forbidden Stories, Custodio Acosta Urzola affirme quant à lui que la surveillance des activités minières dépend du ministère des mines et de l’énergie, et que « la municipalité [de San José de Uré, ndlr] à travers le Secrétariat de la planification a mis en place des mesures pour que ce type d’exploitations illégales cesse ». Il a également confirmé une information obtenue par le consortium. Il est passé au Rafo Parilla, le fast-food de Rafael Moreno, la veille du meurtre. Selon Custodio Acosta Urzola, la conversation « était agréable » car Rafael et lui étaient amis depuis 2019. « Ce jour-là, il m’a parlé de son projet de reprendre ses études […]. Je lui ai acheté de la viande et je lui ai laissé un cadeau pour sa fille. »

Un autre nom est mentionné par des sources proches de Rafael Moreno, celui d’Erasmo Zuleta, personnalité politique très influente dans la région et actuel candidat au poste de gouverneur de la région de Cordoba face à Gabriel Calle Aguas.

Donné largement favori pour le scrutin local à venir, Erasmo Zuleta était député à la Chambre des représentants de 2018 à 2022. Issu de l’une des familles les plus puissantes de Córdoba, les Bechara, il a été le coordinateur du Plan national de développement (2018-2022) pour le département de Córdoba, dont la mission est la mise en place de projets stratégiques dans les différentes régions du pays. « Erasmo Zuleta était député lors de la signature des contrats à San José de Uré. C’est à ce niveau-là que se décide où va l’argent et quelles sont les municipalités prioritaires », affirme un connaisseur du sujet.

Publication Facebook de Rafael Moreno, relatant son entrevue avec Erasmo Zuleta le 12 septembre 2022.

Un peu plus d’un mois avant sa mort, le 12 septembre 2022, Rafael Moreno s’était entretenu auprès d’Erasmo Zuleta, qu’il présentait comme un ami sur les réseaux sociaux. « Nous avons échangé des idées, j’ai pris connaissance des nombreux efforts qu’il a déployés pour le San Jorge [le nom de la zone où se trouve San José de Uré, ndlr] », peut-on lire sur un post publié par le journaliste ce même jour, selfie des deux hommes à l’appui.

Ont-ils parlé du cas des extractions illégales, sujet dans lequel Rafael était particulièrement investi à l’époque ? L’homme politique, qui affirme avoir peu de liens avec la région, dément fermement.

Beaucoup de zones d’ombre planent encore à ce jour autour de cette dernière enquête de Rafael Moreno et chaque nouvelle piste suivie suscite plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.

Un an après le meurtre du journaliste, la justice est à la traîne et l’impunité ne cesse de gagner du terrain. « Les choses empirent et je me demande vraiment où est la justice […], je voudrais au moins qu’après sa mort, son travail et ses enquêtes continuent d’avoir un impact ici », confie José, son neveu. Les élections à venir « seront un moment de vérité ».

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